mercredi 30 novembre 2016

Etegami pour des amis précieux

En ce moment je profite de l'année qui touche à sa fin, pour envoyer quelques petites cartes colorés à mes amis qui savent rester présent malgré la distance qui nous sépare. 


vendredi 25 novembre 2016

Le Japon de France Culture

Cette semaine le Japon était à l'honneur de l'émission Paso Doble, et c'est plus particulièrement la vision française de ce pays qui était mise en avant.

Présentée chaque matin entre 6h05 et 6h25 par Tewfik Hakem sur France Culture, ce programme traite l'actualité culturelle au travers de cinq grands axes thématiques : Le lundi est consacré à la littérature, le mardi aux expositions, le mercredi au cinéma avec le critique Michel Ciment, le jeudi au polar et le vendredi à la bande-dessinée.


Contrairement aux idées reçues seulement une trentaine de singes ont pris l'habitude de se baigner dans les sources chaudes et uniquement à Jigokudani dans la préfecture de Nagano.
Crédits : Alexandre Bonnefoy / Editions Issekinicho

Et si comme moi vous n’êtes pas vraiment des lèves-tôt, je vous propose de retrouver dans cet article le lien vers tous les podcasts de la semaine.

-  Lundi : Nous avons exploré l'érotisme japonais et le phénomène des love doll grâce à la docteure en anthropologie Agnès Giard, auteure du livre : "Un désir d’humain : les love doll au Japon" aux éditions Belles Lettres.

- Mardi : Nous sommes partis sur les traces des singes japonais, avec le photographe Alexandre Bonnefoy et le primatologue Cédric Sueur primatologue, qui publient conjointement l'ouvrage "Saru, Singes du Japonaux éditions Issekinicho. Une exposition et un cycle de conférence leur seront dédié à la médiathèque André Malraux à Strasbourg du 1er décembre 2016 au 4 février 2017.

- Mercredi : Le célèbre critique et directeur de la revue "Positif" Michel Ciment est revenu sur les grands réalisateurs du cinéma japonais, à l'occasion de la sortie du coffret "L’Age d’Or du Cinéma Japonais, 1935-1975" édité chez Carlotta, qui comprend un dictionnaire regroupant 101 cinéastes japonais et 6 DVD.

- Jeudi : Gérald Peloux, maître de conférences en civilisation japonaise à l’Université de Cergy-Pontoise, nous a présenté le grand classique de la littérateur policière japonaise des années 40 : "Irezumi" d'Akimitsu Takagi, qui est enfin disponible en France aux éditions Denoël.

- Vendredi : le directeur artistique du Festival de Bande-Dessinée d'Angoulême, Stéphane Beaujean, nous parle de ses coups de cœur manga et BD  du moment, en regard de la thématique des Yôkai et du folklore nippon. 

mercredi 16 novembre 2016

Exposition Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché

 Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché crédit photo: MCJP

Pour tous les amoureux du kimono, l’événement incontournable de cette fin d'année est certainement l'exposition organisée par la Maison de la Culture du Japon à Paris intitulée : "Kunihiko Moriguchi - Vers un ordre caché", rendant hommage au travail de ce maître de la teinture Yûzen.


Si Kunihiko Moriguchi avait déjà donné une conférence autour de la problématique "innover dans la tradition"à la MCJP en 2015, c'est en revanche la première fois que lui est consacré une exposition d'une telle ampleur en France, retraçant 50 ans de créations. En effet, "Vers un ordre caché" réunit un ensemble exceptionnel de pièces uniques composé de 26 kimonos, allant du premier qu'il a créé en 1967 à celui tout spécialement conçu pour cet événement. Seront également visibles 11 de ses peintures : à la fois subtiles et rigoureuses, ces œuvres sur papier japonais sont réalisées avec la technique de la teinture yûzen, et rendent compte à merveille d'une quête inassouvie de perfection. Enfin vous pourrez admirer certaines de ses créations touchant aussi bien les domaines du design que des arts appliqués, à l'image de ses collaborations avec les grands magasins Mitsukoshi ou la Manufacture nationale de Sèvres, témoignant brillamment qu'il parvient à appliquer également ses recherches graphiques à des supports incarnant la vie quotidienne tel que sacs de course ou tasses à café. 

 Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché crédit photo: MCJP

La force du travail de Kunihiko Moriguchi est de nous inviter à rechercher un « ordre caché », au travers des structures géométriques qu'il crée dans ses œuvres, intimement inspirées par les cycles temporels de la nature.

 Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché crédit photo: MCJP

Biographie :
Né en 1941, Kunihiko Moriguchi est le fils d'un illustre représentant le la teinture yûzen élevé au rang de Trésor National Vivant en 1967 : Kako Moriguchi. Il passe son enfance à Kyoto, où il étudie le Nihonga (peinture traditionnelle japonaise) dans la prestigieuse Université des Arts de Kyoto, et obtiendra son diplôme en 1963.

Refusant  cependant de succéder à son père, à tout juste 22 ans il part s'expatrier en France afin d'entrer à l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs. Cela fera de lui le tout premier étudiant boursier japonais du gouvernement français. Il sortira troisième de sa promotion en 1966. 
Durant ses années françaises, alors qu'il se rêve designer graphique il se liera d'amitié avec le critique Gaëtan Picon et le peintre Balthus. Ce dernier aura une grande influence sur le cours de sa vie : alors que Moriguchi termine ses études aux Arts Décoratifs, ne se sentant pas prêt à retourner chez lui, il sera invité par Balthus, alors directeur de l'Académie de France à Rome, à devenir pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. C'est durant son séjours italien qu'au fil des conversations avec Balhtus, celui-ci tel un maître spirituel lui fera prendre conscience de l'importance que la transmission, en lui déclarant: "tu dois trouver ton chemin dans ton pays". Ceci finira par convaincre Moriguchi de rentrer au Japon vers la fin de cette année 1966 afin de se consacrer à cette technique tricentenaire réservée aux kimonos d’apparat qu'est le yûzen,

Détail d'un kimono - crédit photo: Marc Petitjean

A Kyoto, il apprend dans l'atelier de son père aux coté des apprentis. Dès lors il se retrouvera confronté à la discipline et la vie communautaire propre à l'artisanat japonais. 
Ces années d’apprentissages sont aussi des années marquées par le doute et la pression d'être le fils d'un virtuose qu'il craint de ne pouvoir égaler, comme il le lui déclarera lors qu'un voyage à Tokyo : "Si je te succédais, je ne serais jamais à la hauteur et tu regretteras de m'avoir choisi", ce à quoi son père lui répondra magnifiquement: "Compare mon travail à celui de mon maître : je m'en suis écarté. Il n'y a pas de filiation dans la création"Une phrase prononcée comme une autorisation, l’incitant à trouver sa propre voie malgré le poids de la tradition et de la responsabilité qui est propre à ceux qui manient les techniques ancestrales. 
Moriguchi se met alors à travailler seul dans l'atelier familial jusqu'à ce qu'il trouve son style avec ce premier kimono créé en 1967, sous les yeux admiratifs des apprentis de son père. Un kimono sortant des codes et des canons traditionnels propres au yûzen, où s'affirme un style très personnel mêlant formes géométriques et abstraites, tout en respectant les processus de fabrication ancestraux exigés par la technique même de la teinture yûzen. Dès lors l'artiste passera sa vie à réinventer à l'infini cette forme simple qu'est le kimono. 

 Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché crédit photo: MCJP

L'audace dont fait preuve Moriguchi, en apposant des formes contemporaines directement inspirées par les arts graphiques occidentaux à la structure immuable du kimono, réinvente totalement ce vêtement ancestral, et c'est précisément qui séduira le public à travers le monde.
Cela lui vaudra de décrocher de nombreuses récompenses et distinctions tout au long de sa carrière. Comme, en 1973, le Prix Asahi Shimbun lors de la 20e exposition des arts traditionnels du Japon. Puis en 1992, celui des Beaux-Arts du Ministère de l’Éducation du Japon. Avant de recevoir en 2001 la médaille d’honneur au ruban pourpre, puis d'être tout comme son père désigné à son tours « Trésor national vivant » en 2007.

Ses kimonos connaissent aujourd'hui un véritable succès et sont acquis aussi bien par les plus hautes personnalités et les musées de son pays qu'à l’étranger (Victoria and Albert Museum à Londres, Metropolitan Museum of Art à New York, LACMA à Los Angeles...).

La technique yûzen :
Cette technique de teinture sur tissu voit le jour au milieu du 17e siècle, alors que les fabricants de kimono commencent à créer des kosode (kimono à manches courtes), ornés de motifs inspirés du très populaire peintre et fabriquant d’éventails Miyazaki Yûzen.
C'est cette technique qui permit de créer un agencement de motifs colorés, ainsi que la superposition de couleurs. Elle fut immédiatement un succès, notamment dans la préfecture de Kyoto dont elle est originaire. 

Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché crédit photo: MCJP

Si les étapes menant à la réalisation complète de la teinture du kimono sont complexes et se sont diversifiées au fil du temps, les principes de base, eux, sont restés immuables exigeant une grande précision et beaucoup de patience. 

- On commence tout d'abord par réaliser le tracé du motif sur le kimono avec une teinture lavable. 
- Le kimono est ensuite décousu, puis les bandes de tissu sont étirées sur des baguettes de bambou, afin d'appliquer un filet de pâte de riz sur les contours du dessin et de colorer l’intérieur des motifs avec une petite brosse. 
- Ces parties colorées sont ensuite recouvertes également de pâte de riz, afin de les protéger de la couleur de fond qui va être appliquée. (La pâte de riz est également appliquée sur les parties qui doivent rester blanches.) 
- Le tissu est ensuite passé à la vapeur à 100° C pour fixer les teintures. 
- Pour finir on enlève la pâte de riz à la brosse, après l’avoir ramollie dans un bac d’eau.

Moriguchi et le yûzen :
C'est à l’âge de 28 ans qu'il se fait connaitre avec un kimono nommé senka dont le design se compose d’hexagones reliés entre eux par des zigzags. Grâce à l’augmentation de l’épaisseur du trait, il parvient à créer un effet d’optique. Une idée originale qu’il ne cessera de développer tout au long de sa vie à travers ses différentes œuvres.

Kunihiko Moriguchi  dans son atelier - crédit photo: Marc Petitjean

Son style se caractérise par des motifs géométriques déployés en un mouvement dynamique avec l’apport d’un effet moucheté produit par le saupoudrage de pâte de riz (maki nori). Cette manière innovatrice d’aborder le kimono ne perd pas de vue sa finalité : loin d’être une toile, celui-ci se plie, s’ajuste et se sculpte autour du corps féminin pour le mettre en valeur et en souligner la sensualité.

Kunihiko Moriguchi déclarera même à propos de son art : "Dans la confection d’un kimono, on est tour à tour peintre, teinturier, sculpteur façonnant le corps de la femme. Mais aussi cinéaste quand le kimono est emporté par le mouvement de celle-ci. Un kimono n’est qu’un simple objet. Mais, quand il est porté, le dessin s’anime, la dynamique du corps le transfigure. Les motifs s’étirent et se contractent. Souvent, je suis moi-même surpris du résultat"



Détail d'un kimono - crédit photo: Marc Petitjean

Bien que ses dessins diffèrent des motifs traditionnels de faune et de flore, Kunihiko Moriguchi  trouve son inspiration dans la nature, et compare son travail à un jardin bien entretenu. Le rythme et l’ordre y sont essentiels, et c’est à travers le rythme tranquille de la vie quotidienne qu’il puise l’équilibre de son art.

Documentaire "Trésor Vivant" :
Pour ceux qui souhaiteraient en apprendre d’avantage sur Kunihiko Moriguchi, je vous invite à visionner le reportage de Marc Petitjean, qui sera diffusé le Jeudi 1er décembre à 18h30 à la MCJP.



Ce film, qui a été réalisé en 2011 à Kyoto, nous plonge en en immersion totale dans la famille de l’artiste. En suivant son quotidien, nous découvrons peu à peu le processus créatif de l'artiste. Mais bien au-delà d'un reportage sur l'oeuvre de Moriguchi, ce documentaire nous invite à nous interroger sur la question de l'héritage et de la transmission, ainsi que sur la survie des valeurs traditionnelles dans une société en pleine mutation. 

Kunihiko Moriguchi – Vers un ordre caché crédit photo: MCJP

Rappelons qu'au Japon le titre de "trésor national vivant" (qui fut créé dans les années 50, afin de préserver les arts et techniques traditionnelles menacées par les bouleversements sociaux de l'après guerre sous l'occupation américaine et par l'apparition des technologies modernes) est attribué à une personne reconnue comme dépositaire d’une technique traditionnelle à préserver. Ce "trésor national vivant" a donc pour mission non seulement de perpétuer ce savoir-faire identitaire, et de former des disciples pour assurer une continuité artistique, mais également de l'enrichir afin qu'il trouve sa place dans la société actuelle. Il s'agit donc d'une grande responsabilité à la fois individuelle et collective.

Voici donc une magnifique exposition à visiter pour en découvrir un peu plus sur l'un des rares maîtres de la teinture yûzen, qui a dévoué sa vie à réinventer et moderniser le kimono. Et qui, à 75 ans et malgré plus de 50 années de création à son actif, n'a rien perdu de son enthousiasme et de sa passion, et de surcroît a su garder tout sa simplicité chaleureuse.


Informations
- Exposition : Kunihiko Moriguchi -"Vers un ordre Caché"
Date: du 16 Novembre au 17 Décembre 2016 
Horaires de visites: du Mardi au Samedi de 12h à 20h
Lieu: Maison de la Culture du Japon à Paris
101 bis, quai Branly - 75015 Paris
Tél: 01.44.37.95.01
- Projection: "Trésor Vivant" de Marc Petitjean
Jeudi 1er Décembre 2016 à 18h30
Réservation: Mcjp

samedi 12 novembre 2016

Les Lucioles du Japon

Cette semaine j'ai reçu une très belle surprise de la part de mon amie Akemi, qui m'a envoyé un colis du Japon. Aux côtés des portes bonheurs, livres et papiers d'origamis, il y avait un ravissant yukata !


D'un profond bleu nuit, ce yukata est orné de lucioles, un motif typiquement japonais, parfaitement adapté pour la saison de l'été. Il s'accompagne d'un obi réversible, d'un coté jaune de l'autre violet, très pratique pour faire des jeux de couleurs en le nouant.


La luciole (蛍 = hotaru) est un motif très populaire au Japon encore aujourd'hui. Le pays étant constellé de cours d'eau (fleuves, étangs, rizières), c'est un endroit propice au développement de ces petits insectes, qui dès l'arrivée de l'été forment une étrange pluie d'or dansant à la nuit tombée, sous l’œil émerveillé des promeneurs nocturnes qui viennent les admirer, un peu à la manière de la contemplation des cerisiers en fleurs au printemps (お花見= ohanami) ou des feuilles d'érables rougies à l'automne (紅葉狩り= momijigari).

Pour comprendre cet engouement, il faut remonter à la fin de la période Nara, aux alentours de l'an 760, pour que les lucioles apparaissent comme un symbole littéraire avec la parution du Man'yoshu (la plus ancienne et célèbre anthologie de poésie japonaise). À cette époque la luciole est alors utilisée comme métaphore de l'amour passionné et courtois. Cette image sera abondamment utilisée de façon plus légère dans les haiku jusqu'à la fin de l'ère Edo (1603-1867).

Cependant la luciole revêt également une autre symbolique, propre à la région du Sud-Ouest japonais. Elle évoque là-bas directement la funeste bataille navale de Dan-no-ura, qui eut lieu le 25 avril 1185 dans le détroit de Shimonoseki (au large de la pointe sud de Honshū). Menée par le clan Minamoto, il décima la flotte Taira, après une demi-journée de combat maritime, ce qui mis fin à la dynastie Heian. Depuis, les habitants de la région ont coutume de voir en la luciole flottant au dessus du fleuve, une manifestation de l'âme des guerriers Taira ayant péri lors de cet événement. 

Si je ne me trompe pas, cette signification connaîtra un regain de popularité à la suite de la seconde guerre mondiale, pour symboliser l'âme des soldats morts au combat à l'instar des kamikazes. Cette image sera largement popularisée d'abord par le roman semi-autobiographique d'Akiyuki Nosaka: "La tombe des lucioles" (火垂るの墓 = Hotaru no haka) en 1967, puis par l'adaptation en animé d'Isao Takahata en 1988.

Enfin, d'une façon plus générale qui regroupe toute les significations évoquées plus haut, à l'heure actuelle la luciole peut être vue symboliquement comme une métaphore de la fugacité de la vie, comme dans la chanson populaire 蛍の光 = Hotaru no Hikari.

Pour l'occasion j'ai même testé une variante du nœud de obi !

J'espère que vous aurez aimé en apprendre un peu plus sur la symbolique de la luciole au Japon.
Et si je suis sage Père Noël devrait m'apporter un pied pour mon appareil photo, ce qui devrait me permettre d'illustrer plus facilement ce genre d'articles !