lundi 20 février 2017

Exposition: Kimono- Au bonheur des Dames

Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris/Alexandre Guirkinger

Il aura fallu que les premières images de la scénographie de l'exposition filtrent sur le web pour que je révise un peu mon jugement, et que j'admette que finalement celle-ci n'était peut être pas si inintéressante. Je dois avouer que cette exposition ne me tentait absolument pas au départ, ce qui peut paraître assez surprenant pour la passionnée de kimono que je suis. Mais il faut dire que l'affiche me pose sérieusement problème, kitch à souhait, à la limite du "white washing" et de l'appropriation culturelle, sans parler de ce photomontage de cerisier ridicule (comme si il n'y avait pas d'autre concept visuel assez fort, que les sakura, pour évoquer un pays à la culture aussi dense. Je suis de plus en plus lassée de cette association marketing Japon - cerisier qu'on nous sert à toutes les sauces)... Même si je peux imaginer le raisonnement qui a conduit les commissaires d'exposition à faire un tel choix, je pense qu'il y en avait certainement de meilleurs.

La fameuse affiche dont j'ignore le nom de son créateur...

Mais puisqu'une exposition ne se résume pas à son affiche, tachons de garder l'esprit ouvert, et voici donc à quoi l'on peut s'attendre pour l'ouverture mercredi.


Et je dois dire qu'elle s'annonce finalement plutôt somptueuse. Rien que son nom: "Kimono - Au Bonheur des Dames", rappelant la boutique éponyme du roman de Zola, nous transporte dans le Paris haut en couleurs de la seconde moitié du 19ème siècle, période où les parisiennes redécouvrent la mode grâce à la naissance du prêt-à porter. Mais c'est également à ce moment là que le vêtement traditionnel fût importé en Europe, avec le mouvement du Japonisme qui imprégna le continent. 
Si ce titre peut donc sembler audacieux, il faut admettre que le concept l'est tout autant. En effet, au travers de cette nouvelle exposition le Musée Guimet souhaite nous faire revivre la grande histoire du kimono, de ses origines japonaises jusqu'à son détournement actuel au sein du monde de la mode occidentale.


Pour l'occasion, nous aurons donc le droit de découvrir pour la première fois en France (et hors du Japon), les prestigieuses pièces de collections de l'incontournable Maison Matsuzakaya. Cette petite fabrique de kimonos et autres objets de qualités, qui vit le jour en 1611 à Nagoya, joua un rôle majeur dans la production et la diffusion de ce vêtement auprès des différentes classes japonaises, allant aussi bien de la noblesse militaire à l'aristocratie impériale en passant par la bourgeoisie marchande. De quoi faire acquérir une belle renommée à ce qui n'était à l'origine qu'un simple sous-vêtement !

C'est à l'époque Muromachi (1392-1573) que les différentes classes sociales japonaises vont peu à peu alléger leurs imposantes tenues constituées de nombreuses superpositions d’étoffes, pour adopter à l'instar des samouraïs et courtisans le kosode, plus léger et entravant moins les mouvements. Le port de celui-ci va rapidement entrer dans les mœurs et devenir le vêtement usuel toutes classes confondues, si bien qu'il est aujourd'hui reconnu comme le vêtement par excellence des Japonais. 
Mêlant à la fois artisanat traditionnel et créativité artistique, le kimono connaîtra son apogée décorative durant l'époque Edo (1603-1867), grâce à ses somptueuses broderies, véritable travail d'orfèvre dont certaines sont même réalisées au fil d'or. 

J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

Pourtant au 19eme siècle, un édit de l'empereur Meiji, qui oblige les policiers, les agents des transports publics et les professeurs à adopté la tenue occidentale, va sonner le début du déclin du kimono. Car c'est peu à peu toute la population japonaise qui va se mettre à adopter les vêtements occidentaux dès 1923.

Ironie du sort, c'est semblablement à la même époque que les Elégantes parisiennes s'éprennent du kimono. Il faut dire que depuis le milieu du 18eme siècle et les premières importations d'estampes via la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, l'heure est au Japonisme en Europe. Puis au 19eme siècle ce seront les Frères Goncourt, Félix Bracquemond, ainsi que par les grands collectionneurs et critiques comme Henri Cernuschi, Théodore Duret ou Émile Guimet qui vont propager la passion japonaise en France. Ce qui influencera alors aussi bien la sculpture (Gallé), la peinture (Monet, Van Gogh...), que la littérature (Loti). 

Il n'est donc pas étonnant de retrouver quelques années plus tard ces même influences jusque chez les créateurs de mode comme Paul Poiret (1879-1944) ou encore Madeleine Vionnet (1876-1975), dont les créations vaporeuses aux manches fluides reprennent les conceptions amples des kimonos.

Junko Koshino - Kimono Oiran

Depuis les créateurs aussi bien japonais que français, n'ont eu de cesse que de réinventer le vêtement japonais. Kenzo réadaptera le costume traditionnel avec une omniprésence de fleurs, tandis que Junko Koshino imaginera de nouveaux modèles teintés de culture manga. En s’inspirant ouvertement du Japon, les créateurs occidentaux – Saint-Laurent, Jean-Paul Gaultier, John Galliano – continuent de faire perdurer l’esprit du kimono dont l’influence se retrouve aussi chez le couturier Franck Sorbier qui offre une vision poétique du kimono traditionnel.


J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

Afin de mieux mettre en avant les 150 sublimes pièces prêtées par la maison Matsuzakaya, l’exposition, qui semble s'articuler des évolutions successives qu'a connu le kimono et de ses accessoires, s'attardera aussi sur les différentes représentation de celui, dans l'art et les Objets du quotidien, afin d'évoquer au mieux la place des femmes et la vision de leur corps dans la société japonaise, jusqu'à sa réinterprétation aussi bien dans la mode japonaise que française. 


Informations :
Exposition: Kimono - Au Bonheur des Dames
Date: du 22 février au 22 mai 2017
Horaires de visites: tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.
Lieu: Musée Guimet 
6, place d'Iéna- 75116 Paris
Tarif: 7,50 euros - Réduit: 5,50 euros
Tél:  01 56 52 54 33
Site: http://www.guimet.fr